Mono no aware : le pathos des choses

L'esthétique de Motoori Norinaga sur l'impermanence douce-amère — et comment l'habiter

Qu'est-ce que le mono no aware et comment le pratiquer ?

Le mono no aware (物の哀れ) est cette esthétique japonaise consistant à être touché par l'impermanence des choses — ressentir la beauté d'une chose et son passage au même instant. On le traduit habituellement par « le pathos des choses » ou « le ah des choses », et les fleurs de cerisier en sont l'emblème parce que leur beauté est inséparable de leur brièveté. Le savant du XVIIIe siècle Motoori Norinaga l'a nommé, soutenant dans son étude du Dit du Genji que la valeur du roman ne résidait pas dans une instruction morale — la lecture confucéenne et bouddhiste de son époque — mais dans sa fidélité au sentiment lui-même. La sensibilité est plus ancienne que son terme, traversant la littérature de l'époque Heian et remontant au Man'yōshū, et elle partage son terrain avec la doctrine bouddhiste de l'anicca (l'impermanence) et l'attention shintoïste au passage des saisons, bien que l'argument même de Norinaga s'opposait précisément à lire le Genji comme un enseignement bouddhiste. Donald Richie décrivait cette disposition comme une « insistance quasi bouddhiste sur la reconnaissance du flux éternel » — non pas une poussée de passion mais une émotion contenant un équilibre. On le prononce à peu près MOH-noh noh ah-OUAH-reh : quatre syllabes égales dans le dernier mot, qui ne ressemble en rien au mot anglais « aware », la mauvaise prononciation habituelle. L'expression est construite à partir de mono (物), « les choses », de la particule no, « de », et de aware (哀れ) — à l'origine une exclamation, quelque chose proche de « ah », qui en est venu à nommer le sentiment qui arrache ce son à une personne. Il vaut la peine d'être précis sur ce qu'est le mono no aware : une sensibilité esthétique et une catégorie de la critique littéraire japonaise, plutôt qu'une technique psychologique ou une pratique prescrite. Ce n'est ni la résignation ni la mélancolie, et il diffère des termes avec lesquels on le confond souvent — le wabi-sabi concerne la beauté trouvée dans l'imperfection et le vieillissement, le yūgen un sentiment de mystère profond, le saudade un manque pour une chose absente, tandis que le mono no aware nomme spécifiquement l'ache de la transience. Si vous voulez le ressentir plutôt que le définir, c'est ce dont sont faits les films de Yasujirō Ozu, et ce d'après quoi la nouvelle de Ken Liu primée du prix Hugo « Mono no aware » est nommée. Là où il devient pratiquable, c'est comme une attention accrue et compatissante à la nature passagère de toute expérience.

Motoori Norinaga (1730-1801) a identifié le mono no aware comme la qualité émotionnelle animant la littérature japonaise classique — en particulier le Dit du Genji — et comme une sensibilité esthétique distinctement japonaise. Le concept résiste à une traduction propre : c'est la réponse émotionnelle à la transience qui n'est ni un simple bonheur ni un chagrin mais un mélange raffiné des deux, tenu ensemble. Les fleurs de cerisier en sont l'exemple canonique — leur beauté est inséparable de leur vie brève. L'argument de Norinaga était d'abord littéraire avant d'être une philosophie de vie : en lisant le Dit du Genji à l'encontre des interprètes confucéens et bouddhistes de son époque, il soutenait que l'œuvre ne devait pas être jugée comme une instruction morale, et que son véritable accomplissement était sa fidélité au sentiment — la capacité à être touché par les choses, et à rendre ce fait d'être touché avec précision. Le mono no aware était son nom pour cette capacité. La sensibilité elle-même est plus ancienne que son terme, traversant la littérature de l'époque Heian et, avant cela, la poésie du Man'yōshū. Une note sur la façon dont cette page traite le concept : le mono no aware appartient à la littérature, à l'esthétique et à la philosophie japonaises, et ce n'est ni une méthode de développement personnel, ni un protocole thérapeutique, ni une technique avec un résultat. Rien ci-dessous ne doit être lu comme affirmant le contraire. Ce qui suit sont des pratiques contemplatives qui s'inspirent de cette sensibilité — une synthèse de praticien occidental, offerte comme une façon d'habiter cette disposition plutôt que comme quelque chose que la tradition elle-même prescrit, et les notes sur les preuves de chacune indiquent clairement où un mécanisme psychologique est emprunté par analogie plutôt qu'étudié. En tant qu'orientation contemplative, le mono no aware entraîne la capacité à être pleinement présent avec les choses qui passent sans les saisir ni les repousser.

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